De Chatel à Vallaud-Belkacem, de Vallaud-Belkacem à Blanquer, la marginalisation de la Philosophie

Communiqué du 12 septembre 2018 Comm-philo

Le ministre J-M. Blanquer a beau répéter que sa réforme « renforcera » l’enseignement de la philosophie au lycée, les professeurs de philosophie, dans leur grande majorité, ont compris qu’elle vise au contraire à l’affaiblir et à le marginaliser. En témoignent les motions adoptées au cours des nombreuses Assemblées Générales (Orléans-Tours, Paris, Versailles, Lyon, Rouen, Amiens…) qui ont rassemblé plusieurs centaines de professeurs au mois de juin à l’occasion des réunions de correction du baccalauréat, et qui les ont amenés à se rassembler devant le Ministère début juillet. Ils ne veulent pas de la réforme Blanquer et sont à juste titre inquiets du danger qu’elle entraîne pour leur discipline et pour toutes les autres.

De Chatel à Blanquer, une continuité dans le « renforcement » ?
C’est au nom du prétendu « renforcement » de la filière littéraire, que la réforme (2010) du ministre Chatel (auprès duquel Monsieur Blanquer était chef de la Direction générale de l’enseignement scolaire) contribua à enfermer la philosophie dans le rôle d’une discipline exclusivement littéraire en affaiblissant considérablement la part de l’enseignement scientifique dans la série L, pendant qu’elle supprimait en même temps le caractère obligatoire des dédoublements de philosophie en S et dans les séries technologiques. Quant aux ministres Peillon, Hamon, Vallaud-Belkacem, non seulement ils ne firent jamais rien pour rétablir ces dédoublements, mais ils réduisirent les délais de correction de l’épreuve de philosophie du baccalauréat.

En multipliant les déclarations favorables à l’enseignement de la philosophie, J-M Blanquer aurait-il rompu avec la politique de ses prédécesseurs ?                                            C’est là une apparence bien trompeuse. Il poursuit la politique du « socle commun » commencée par N. Vallaud-Belkacem au collège, et alors que Chatel prétendait « renforcer » la filière L en enfermant la philosophie dans le rôle d’une discipline exclusivement littéraire et en supprimant 1 heure de philosophie dans la filière S, J-M Blanquer prétend aujourd’hui « renforcer » la philosophie en supprimant toutes les filières (dont la filière L
où son horaire d’enseignement est de 8 heures) et en cantonnant désormais la philosophie à 4 heures de tronc commun dans la voie générale, et à 2 heures dans la voie technologique.  Le ministre dit « renforcer » quand il s’agit au contraire d’amoindrir à chaque fois la place des disciplines et de réduire leurs horaires. Tel est le cas, parmi les autres, de la philosophie qui, malgré les dégradations que les réformes antérieures lui ont fait subir, jouit encore d’une réelle vitalité au lycée puisqu’on compte aujourd’hui en France plus de 2300 terminales L (où la philosophie est enseignée 8 heures) et que la proportion des candidats de la série L au baccalauréat général est restée relativement constante de 2011 à 2017 (plus de 15% en moyenne).

La réforme Blanquer, c’est la marginalisation de la philosophie
La fin du statut du baccalauréat, 1er grade universitaire, avec la mise en place du système Parcoursup, remet en cause frontalement le statut de l’enseignement de la philosophie, comme discipline qui prépare tout particulièrement les élèves à l’enseignement supérieur.
Les conditions dans lesquelles la réforme placera les 4 heures dans le tronc commun en disent long sur la considération qui est lui réellement accordée ! Lourdeur prévisible des effectifs des groupes-classes où seront mélangés des élèves aux parcours très hétérogènes, coefficient dérisoire au baccalauréat, isolement de l’épreuve de philosophie au mois de juin, quand les élèves connaîtront déjà l’essentiel de leurs résultats, et alors qu’elle ne comptera pour rien dans le nouveau système de sélection à l’entrée des études supérieures, Parcoursup.
La création de la spécialité « interdisciplinaire » Humanités Littérature et Philosophie (en 1ère et en Terminale), que les professeurs de philosophie n’ont jamais demandée, entre en contradiction, quant à elle, avec le caractère élémentaire et universel de l’enseignement de la philosophie en Terminale. Elle ne permettra en aucune manière de recréer l’équivalent des 8 heures de TL puisque le choix de cette spécialité par les élèves ne sera possible que dans quelques lycées et pourra en outre être abandonnée d’une année à l’autre.
Ainsi, la prétendue consécration par la réforme Blanquer du caractère « universel » de l’enseignement de la philosophie, rabaissé à de telles conditions, ressemble plutôt à un triste marché de dupes.

Seul le rétablissement d’une école républicaine peut garantir la place de l’enseignement de la philosophie.                                                                                               L’enseignement de la philosophie ne peut satisfaire à sa vocation universelle que dans le cadre d’une école authentiquement républicaine, fondée sur le droit de chaque élève à une véritable instruction. Seule celle-ci garantit dans tous les établissements un égal accès à TOUTES les disciplines. Or, c’est bien à cette exigence que tourne ouvertement le dos la réforme Blanquer : si elle s’applique, la carte des « spécialités disciplinaires » sera variable d’un établissement à l’autre. Dans ce cadre, il est évidemment probable que la spécialité Humanités, Littérature et Philosophie sera l’une des moins présentes…
Seuls un cadre national et des horaires nationaux conséquents peuvent vraiment donner aux élèves les moyens et le temps suffisant (ainsi se justifie un enseignement de philosophie de 8 heures en L) pour apprendre à exercer leur réflexion, en se mettant à distance des opinions toutes faites, et à conduire leur pensée de manière ordonnée et à développer par ce travail leur propre capacité de penser. Il est en effet important que les élèves aient les moyens et le temps suffisant pour réfléchir à des questions de dissertation comme «Une affirmation est-elle vraie parce qu’elle est majoritairement approuvée ?», «Suffit-il d’avoir raison pour convaincre ?», ou encore, «La politique est-elle une technique ?», etc.
Si seule l’Ecole républicaine peut garantir la vocation universelle de l’enseignement de la philosophie, c’est bien parce qu’elle en reconnaît la dimension émancipatrice : cet enseignement est véritablement utile à quiconque est appelé à juger par lui-même et à assumer des responsabilités, comme citoyen, dans sa future activité professionnelle, et dans la conduite de sa vie.

Le retrait des réformes Blanquer et Vidal est nécessaire pour assurer le maintien d’un enseignement de la Philosophie digne de ce nom
Comment croire qu’il serait possible de maintenir un véritable enseignement de la philosophie dans le cadre de la « réforme » Blanquer, dont le but explicite est de faire éclater le cadre républicain de l’école (autonomie des établissements) et d’adapter avant tout les élèves et leur formation aux exigences du marché ?
Comment la vision utilitariste et mercantile des savoirs (réduits à des « offres de formation », subordonnés à la politique du « socle des compétences ») qu’elle traduit, pourrait-elle être compatible avec les exigences d’une réflexion autonome ?
Les attaques contre la philosophie sont inséparables des attaques contre toutes les disciplines et contre l’école en général, dont la véritable mission est d’émanciper les esprits.
Pour la défense et le rétablissement de conditions décentes d’enseignement de l’enseignement de la philosophie, Retrait des réformes Blanquer du lycée, du baccalauréat, de la loi ORE, tous les professeurs peuvent compter sur le SNFOLC pour défendre leurs disciplines et leurs statuts.